Histoires

La télécommande

Nov 3, 2026 · by Anonyme · 15 views
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La télécommande

C'est Agathe qui a eu l'idée. Évidemment. C'est toujours elle qui a les idées. Moi, je me contente de dire oui et de m'en féliciter après.

On avait des places pour la Philharmonie depuis trois mois. Mahler, la Cinquième, l'orchestre de Paris, deux heures de musique dans la grande salle de la Villette, au deuxième balcon, côté jardin. Agathe adore Mahler. Moi, j'aime surtout la regarder écouter Mahler, les yeux fermés, la bouche entrouverte, comme si elle faisait l'amour avec la musique. Elle avait trente et un ans, j'en avais trente-quatre, on vivait ensemble dans un deux-pièces du dix-neuvième, à un quart d'heure à pied de la salle.

Le jour du concert, elle est sortie de la salle de bains avec un petit écrin en velours noir, et elle me l'a tendu avec un sourire de chat. Dedans, il y avait une petite télécommande ronde, de la taille d'une pièce de deux euros, avec un seul bouton. « Le reste est déjà en place », elle a dit. Puis elle a relevé sa robe noire, et elle m'a montré. Elle ne portait pas de culotte. Juste un petit fil de silicone rose qui dépassait de sa chatte.

J'ai mis une bonne minute à retrouver ma voix. « Tu veux que… pendant le concert ? » Elle a haussé les épaules, très naturelle. « Pas pendant l'adagietto. L'adagietto, c'est sacré. Pour le reste, fais-toi plaisir. » Elle m'a montré comment ça marchait. Un appui, vibration douce. Deux appuis, plus fort. Trois, des pulsations. Appui long, on arrête. Elle a pris ma main et elle a mis la télécommande dans ma paume, et elle a refermé mes doigts dessus. « Tu as le pouvoir, Victor. Ne me déçois pas. »

On a marché jusqu'à la Philharmonie sous un ciel de novembre rose et gris. Je tenais la télécommande dans ma poche de manteau comme un voleur tient un diamant. Au feu rouge de l'avenue Jean-Jaurès, j'ai appuyé une fois, sans prévenir. Agathe a sursauté, elle s'est agrippée à mon bras, et elle m'a fusillé du regard. Une vieille dame à côté de nous a demandé si tout allait bien. Agathe a souri. « Un petit vertige. » J'ai appuyé longtemps pour arrêter. Elle m'a pincé le bras jusqu'au sang.

La salle était pleine. On s'est installés au deuxième balcon, au bout d'un rang, à côté d'un couple de retraités en tweed avec leurs partitions sur les genoux. Les lumières se sont éteintes. Le chef est entré, applaudissements, silence. La trompette solo a lancé la marche funèbre du premier mouvement, seule, dans le noir. Agathe a fermé les yeux. Et j'ai appuyé une fois.

Elle n'a pas bougé. Pas un cil. Mais j'ai vu ses doigts se refermer sur l'accoudoir, très lentement. J'ai vu sa respiration changer. Elle a croisé les jambes, puis les a décroisées. Je laissais la vibration douce tourner, et je la regardais du coin de l'œil, et je bandais déjà comme un salaud dans mon pantalon de costume, avec Mahler qui jouait des marches funèbres.

Au milieu du premier mouvement, quand tout l'orchestre explose, j'ai appuyé deux fois. Elle a laissé échapper un minuscule son, noyé sous les cuivres. Elle a tourné la tête vers moi. Ses yeux brillaient dans la pénombre, ses joues étaient rouges. Elle a posé une main sur ma cuisse, et elle l'a fait remonter jusqu'à ma bite, qu'elle a serrée à travers le tissu, fort, presque méchamment. Puis elle a retiré sa main et elle a regardé de nouveau la scène, droite comme une statue.

J'ai arrêté entre les mouvements, pendant les toussotements et les bruissements de programme. Elle a soufflé, discrètement. Le retraité à côté d'elle lui a demandé à voix basse si elle avait chaud. Elle a dit que oui, un peu. Il lui a tendu un éventail en carton. Elle l'a pris, avec un sourire adorable, et elle s'est éventée en me jetant un regard qui voulait dire : je vais te tuer. Ou : continue.

J'ai continué. Pendant tout le deuxième mouvement, orageux, violent, j'ai joué avec elle. Je suivais la musique. Quand ça montait, j'appuyais. Quand ça se calmait, je coupais. Je la rendais folle, et elle le cachait si bien que personne autour de nous ne pouvait se douter de rien, sauf moi, qui voyais ses cuisses se serrer l'une contre l'autre sous sa robe, ses ongles qui s'enfonçaient dans le velours rouge, sa lèvre inférieure qu'elle mordait jusqu'à la blanchir.

Au troisième mouvement, le scherzo, il y a un long passage pour le cor solo, joyeux, dansant. J'ai mis les pulsations. Trois appuis. Elle s'est raidie d'un coup. Elle a pris ma main, elle l'a écrasée dans la sienne, et elle s'est penchée vers moi comme pour me dire quelque chose à l'oreille. « Je vais jouir. Si tu continues, je vais jouir ici, devant tout le monde. » Sa voix était un souffle. J'ai regardé ses yeux. Elle ne me demandait pas d'arrêter.

Je n'ai pas arrêté. Elle a joui pendant le scherzo, en silence, au deuxième balcon de la Philharmonie, la main de son voisin en tweed à quarante centimètres de son genou. Je l'ai vue. Son dos qui s'est cambré imperceptiblement, sa tête qui est partie en arrière contre le dossier, sa bouche ouverte sur un cri qui ne sortait pas, ses jambes qui tremblaient. Ça a duré peut-être quinze secondes. Ça a été les quinze secondes les plus érotiques de ma vie.

J'ai coupé la vibration avant l'adagietto. Comme promis. Elle a écouté l'adagietto en pleurant, et je n'ai jamais su si c'était à cause de Mahler ou à cause de moi.

Le final, je l'ai laissée tranquille. Presque. À la toute dernière mesure, quand l'orchestre s'est lancé dans le grand accord final, j'ai appuyé trois fois. Elle a sursauté si fort que son programme est tombé dans le rang du dessous. La salle a explosé en applaudissements. Agathe applaudissait aussi, debout, les joues en feu, en riant comme une folle.

On n'a pas attendu les rappels. On a dévalé les escaliers, traversé le parc de la Villette en courant presque, elle accrochée à mon bras, ses talons qui claquaient sur les pavés. Toutes les trois minutes, j'appuyais. Elle s'arrêtait net, se pliait en deux, me frappait l'épaule. « Arrête ! Arrête, j'en peux plus, j'ai la chatte en feu ! » Un groupe d'étudiants nous a regardés passer en rigolant. On a fait le trajet en un temps record.

Dans l'escalier de notre immeuble, elle m'a plaqué contre la boîte aux lettres et elle m'a embrassé à pleine bouche. Sa main a ouvert ma braguette, elle a sorti ma bite, et elle l'a branlée là, dans le hall, sous la minuterie. « Tu m'as fait jouir deux fois dans une salle de concert. Tu vas le payer. » La lumière s'est éteinte. Elle a continué dans le noir. On a mis dix minutes à monter trois étages.

Dans l'appartement, elle m'a poussé sur le canapé, elle a relevé sa robe, et elle a tiré sur le petit fil rose. L'œuf est sorti de sa chatte, brillant, trempé. Elle l'a regardé, elle l'a posé sur la table basse, et elle m'a regardé. « Maintenant, c'est toi que je veux. » Elle s'est assise sur moi d'un coup, et j'ai glissé en elle sans aucune résistance. Elle était tellement mouillée que ça coulait sur mes couilles.

Elle m'a chevauché comme une furie. Les mains sur mes épaules, en me fixant dans les yeux, en montant et descendant sur ma bite de toute sa hauteur. Sa robe noire relevée jusqu'à la taille, ses seins qui débordaient de son décolleté. Elle me disait que j'étais un salaud, un pervers, qu'elle allait me faire jouir si fort que j'allais oublier Mahler. Elle a attrapé la télécommande sur la table basse. Elle a remis l'œuf en marche et elle l'a collé sur son clito, pendant qu'elle me baisait.

Elle a joui en hurlant. Pas de retraités en tweed, pas de chef d'orchestre, pas de silence à respecter. Juste un hurlement qui a dû s'entendre jusqu'au métro Laumière. Sa chatte s'est contractée sur ma queue par grandes vagues, et je n'ai pas pu résister. J'ai joui au fond d'elle, en la serrant contre moi, l'œuf qui vibrait toujours entre nos ventres.

On est restés comme ça longtemps, sur le canapé, essoufflés, collés, l'œuf qui ronronnait sur le tapis où il était tombé. Au bout d'un moment, Agathe a dit, la tête dans mon cou : « On a des places pour Brahms en janvier. » J'ai dit : « Je sais. » Elle a ri. Puis elle a ajouté : « Cette fois, c'est moi qui ai la télécommande. »

J'ai une boule au ventre depuis. Il reste six semaines avant Brahms.

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